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n° 159, janvier-mars 2001 : L'accueil des Œuvres

Alain Buisson

Jean Jaurès et La Dépêche: c'est une longue histoire

Résumé

Publié dans La Dépêche, dimanche 13 février 2000.

Texte intégral

La Société d'études jaurésiennes publie enfin les œuvres du grand tribun socialiste aux multiples facettes.

Jean Jaurès a beaucoup, beaucoup écrit. Madeleine Rebérioux, présidente de la Société d'études jaurésiennes, estime «à la louche» que soixante-dix à quatre-vingts volumes seraient probablement nécessaires pour réunir la totalité des textes éparpillés dans les archives — allocutions parlementaires, correspondance, préfaces de livres, discours de meetings, articles de presse... Mais il y a beaucoup de doublons. On se contentera amplement des «Œuvres de Jean Jaurès» en dix-huit tomes annoncés pour la prochaine décennie.

Classés par thèmes, allégés des nombreux doublons, un travail monumental qui a pris 25-ans aux érudits bénévoles de l'association, ces recueils sortiront au rythme de deux par an.

La Société a enfin trouvé un éditeur — Fayard en l'occurrence — pour relever son vieux défi.

Les deux premiers ouvrages se trouvent déjà en librairie.

L'un présente le Jaurès «critique littéraire et critique d'art»1, une facette du personnage longtemps oubliée. Durant cinq ans (1893-1898), il a entretenu dans «La Dépêche» une chronique régulière intitulée «la quinzaine littéraire».

Sous la signature «Le Liseur», il présentait les auteurs de son temps, toujours avec cette force, cette conviction exclusivement «jaurésiennes» qui redonnait courage aux mineurs de Carmaux. Ces quatre-vingtsept articles ont largement alimenté ce tome.

Le deuxième2, avertit le pilote Annick TaburetWajngart, répare une injustice : Jean Jaurès était un philosophe, toute son action l'atteste, n'en déplaise aux spécialistes qui ont ignoré jusqu'à son nom tout au long du XXe siècle. «Le militantisme socialiste fut longtemps de mauvais aloi aux yeux des milieux intellectuels», écrit Annick Taburet-Wajngart. Pour Jaurès, «philosophie et socialisme sont inséparables : le militant socialiste (...) a souvent puisé dans les thèses du philosophe les justifications de son action...»

Avant de se lancer en politique, Jean Jaurès enseigna cette discipline au lycée d'Albi et à la faculté des Lettres de Toulouse. Bourgeois et ouvriers se pressaient dans l'amphithéâtre pour écouter son cours public hebdomadaire. Le professeur leur parlait aussi bien de philosophie sociale et politique que de problèmes très métaphysique, de Dieu, de l'âme...

«Ce n'est pas un hasard si les noms de De Gaulle et de Jaurès reviennent dans toutes les bouches, pour un oui ou pour un non, commente Madeleine Rebérioux : ce sont à mes yeux les deux grands hommes du XXe siècle, les seuls ! De Gaulle ne savait pas grand chose de Jaurès qui ne l'a pas connu. Mais je suis certaine qu'ils auraient eu des affinités.» Par contre, tranche la présidente, «aucune lignée politique ne peut revendiquer l'héritage de Jaurès.»

«Sa pensée socialiste, poursuit-elle, a été détruite par la guerre de 14-18 et les restes furent dépecés après la scission du congrès de Tours, en 1920.

Certains politiciens d'aujourd'hui aiment se référer à lui parce qu'il était d'une honnêteté sans faille. Il faut rappeler qu'il n'a jamais gouverné. Mais ses idées étaient d'une grande portée. Il a écrit des choses magnifiques, essentielles, sur la meilleure façon de combattre le chômage, par exemple. Il était internationaliste, pas mondialiste, «cette bouillie pour les chats», disait-il. Lorsqu'il eut découvert la classe ouvrière, à Carmaux, Jaurès fit preuve d'une incomparable capacité à lui dire la vérité.»3 Le 19 octobre prochain, la Société d'études jaurésiennes et «La Dépêche du Midi» organiseront une exposition et un grand colloque sur Jean Jaurès, à Castres.

En savoir plus

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Notes de bas de page :

1 «Oeuvres de Jaurès. Critique littéraire et critique d'art» (Fayard), édition établie par Michel Launay, Camille Grousselas, Françoise LaurentPrigent. 545 pages, 150-F/23-euros.
2 «Oeuvres de Jaurès. Philosopher à trente ans» (Fayard), par Annick Taburet-Wajngart. 443 pages, 140-F/21-euros.
3 Toute personne qui détiendrait des écrits inédits de Jean Jaurès est invitée à le signaler à Madeleine Rebérioux, 104, boulevard Arago, Paris (14e). Le dix-huitième et dernier tome sera consacré aux «oublis».

Pour citer cet article :

Alain Buisson, «Jean Jaurès et La Dépêche: c'est une longue histoire », Jean Jaurès. Cahiers trimestriels, n° 159, janvier-mars 2001 : «L'accueil des Œuvres», pp. 8-9.
En ligne : http://www.jaures.info/collections/document.php?id=486